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Record du monde en Crocs : l'explosion des records déguisés

Par : Laurent MATHIEU - jeudi 1 octobre 2026 - Par : Laurent MATHIEU - jeudi 1 octobre 2026

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Record du monde en Crocs : l'explosion des records déguisés

Par : Laurent MATHIEU - jeudi 1 octobre 2026 -

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Suite au dernier marathon de Berlin, l'une des images qui a le plus circulé sur les réseaux running, est celle Russe Iskander Yadgarov avec ses crocs jaunes. Le Russe a bouclé les 42,195 km en 2h30'03', soit le marathon le plus rapide jamais chronométré avec ce type de chaussures. Derrière ce chrono se cache tout un écosystème, celui des records « de spécialité », que les plus grands marathons du monde accueillent désormais à bras ouverts.

Berlin : 2h30 en crocs, à 3'33' au kilomètre

Né en 1991, Iskander Yadgarov est un coureur de très bon niveau : 2h14'07' sur marathon à Valence en 2023, 1h02'35' sur semi, 28'59' sur 10 km en 2024, et une victoire au classement général du marathon de Moscou. Il n'en était pas non plus à son coup d'essai en Crocs : en mai 2025, il avait déjà couru 10 km en 31'18' avec ses sabots jaunes à Barcelone, terminant dixième de la course.

À Berlin, ses 2h30'03' effacent de plus de 17 minutes la marque Guinness de la catégorie, établie en avril dernier à Londres par le Britannique Harley Smith (2h47'42'). Ils passent aussi sous la référence officieuse de l'Américain Sasha Pachev, auteur de 2h31'52' en Crocs au Utah Valley Marathon en 2010. Reste une dernière étape : la performance doit encore être homologuée par le Guinness World Records pour entrer officiellement dans le livre.

Une « spécialité » beaucoup plus sérieuse qu'elle n'en a l'air

On imagine volontiers ces records comme une activité folkorique ou chacun laisse libre court à son imagination. En réalité, ils obéissent à un règlement précis. Pour chaque catégorie, le Guinness World Records fournit un cahier des charges détaillé.

Quelques exemples suffisent à mesurer le niveau d'exigence. Pour le record du marathon le plus rapide déguisé en plante en trois dimensions, le costume doit être identifiable au premier coup d'œil, comporter une véritable armature (bois, fil de fer ou tubes), ne pas être gonflable, et envelopper le coureur au moins des épaules jusque sous les genoux. Pour le marathon en talons hauts, l'Américaine Irene Sewell, ancienne danseuse de salon professionnelle, avait reçu un guide d'une vingtaine de pages précisant la hauteur du talon (2,75 pouces, environ 7 cm) et sa largeur (1,5 cm). Elle avait finalement établi le record en 2017 en 7h28, avec deux minutes de marge sur le temps à battre.

Cette rigueur a parfois ses ratés. En 2019, l'infirmière britannique Jessica Anderson avait couru Londres en 3h08'22' dans sa tenue de travail, soit plus vite que le record de la catégorie «tenue d'infirmière» mais sa tentative avait été refusée : le règlement exigeait alors une robe, un tablier et une coiffe traditionnelle, pas une blouse et un pantalon. 

Londres, capitale mondiale du record loufoque

Si le phénomène a un épicentre, c'est bien le marathon de Londres. Le partenariat entre le marathon londonien et le Guinness World Records vient d'ailleurs de fêter sa 19e année consécutive. L'édition 2026 a vu 71 tentatives aboutir à 38 nouveaux records. Le palmarès de cette seule journée donne le vertige. Archie Hunt a couru 2h27'41' déguisé en personnage de livre, George Carley a bouclé le parcours en 2h46'48' en tenue de pom-pom girl. le Néerlandais Jorden Teunissen a choisi de véritables sabots en bois, pour 6h27'17' d'effort, Simon Fannon a tricoté tout au long des 42 km, terminant en 5h48'08' avec une écharpe de 5,59 mètres et enfin Chris Green, alias « Rhino Boy », a porté à 132 son total de marathons courus dans le même costume de rhinocéros, une cause qu'il défend pour sensibiliser à la protection de l'espèce.

Berlin, Sydney, Toronto, Dubaï… et le Médoc

Londres n'est plus seule. Le Guinness World Records a noué des partenariats similaires avec plusieurs grandes courses, dont Berlin depuis 2017, mais aussi Sydney, Toronto ou Dubaï. 

Toutes les excentricités ne passent d'ailleurs pas par le Guinness. L'Israélien Moshe Lederfien, 68 ans, s'est fait une petite célébrité en courant les marathons avec un ananas posé en équilibre sur le crâne, sans la moindre attache. En septembre 2025, à Berlin, il bouclait ainsi son 54e marathon « à l'ananas ».

La France a, elle aussi, sa propre tradition, sous une forme différente. Au Marathon des Châteaux du Médoc, le déguisement n'est pas simplement toléré : il est obligatoire, sous peine de disqualification. Pour sa 40e édition, le 5 septembre dernier à Pauillac, la course avait retenu le thème des années 80, pour quelque 8 500 participants. 

Pourquoi les organisateurs disent oui

Accueillir des coureurs déguisés en rhinocéros ou en appareil photo n'est pas qu'une concession à l'ambiance. Pour les grands marathons, ces records rapportent beaucoup.

De la visibilité gratuite. Un costume improbable ou une paire de Crocs jaunes génère photos, vidéos et partages bien au-delà du public habituel de la course. Le cas Yadgarov en est la démonstration : une semaine après Berlin, son chrono a été repris par la presse généraliste, très loin des seuls sites spécialisés.

Un moteur pour les associations. La plupart des tentatives sont adossées à une cause. Londres reste le plus grand événement caritatif du running mondial : l'édition 2026 devrait approcher les 90 millions de livres collectées, pour un total de 1,4 milliard depuis la création de la course. Un costume spectaculaire attire l'attention, et donc les dons.

Une image de course ouverte à tous. Faire cohabiter le record du monde et le record du marathon en sabots en bois, c'est envoyer un message : le marathon n'appartient pas qu'aux élites. Pour des courses qui reçoivent plus d'un million de demandes d'inscription, comme Londres, c'est un argument d'image précieux.

Cette tolérance n'est pas pour autant un blanc-seing. À Londres comme à Berlin, chaque projet de tentative est transmis au service des opérations de la course, qui peut refuser un costume jugé contraire aux règles de sécurité. New York, de son côté, a fait un choix nettement plus restrictif : depuis l'attentat de Boston en 2013, le règlement interdit tout costume couvrant le visage et toute tenue volumineuse dépassant le contour du corps. En 2015, le Canadien Michal Kapral, recordman du « joggling » (courir en jonglant), s'était même vu interdire ses trois balles de jonglage, assimilées à des accessoires prohibés. 

Ce que ce chrono dit vraiment

Il serait tentant de voir dans les 2h30 de Yadgarov la preuve que la chaussure ne compte pas. C'est l'inverse. Les Crocs n'ont ni plaque carbone, ni mousse conçue pour restituer l'énergie, ni le maintien qu'on attend d'une chaussure de course sur plusieurs heures. Si Yadgarov peut courir 2h30 avec, c'est parce qu'il court 2h14 sans : le chrono mesure d'abord la marge d'un athlète de très haut niveau, pas le potentiel du sabot. Même les adeptes convaincus des Crocs reconnaissent qu'il faut des mois d'adaptation progressive avant de s'y risquer sur de longues distances.

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Sources : u-Trail, « Le Russe Iskander Yadgarov bat le record du monde en Crocs », 20 Minutes, Le HuffPost, Marathon Handbook, « Every World Record Set At The 2026 London Marathon », London Marathon Events, Guinness World Records, « All the records broken at the BMW Berlin Marathon 2025 », Guinness World Records, Berlin 2019, Guinness World Records, « 10 tips for attempting a marathon record in fancy dress », Guinness World Records, fastest marathon wearing high heels, NewsChannel 9, Irene Sewell, NBC News, Jessica Anderson, Marathons.com, Moshe Lederfien, NYRR, Prohibited Items, Athletics Illustrated, Michal Kapral, JDS, Marathon du Médoc 2026, Marathon Handbook, résultats Berlin 2026



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