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Le mythe de Phidippidès : vérités et légendes

Par : Laurent MATHIEU - dimanche 20 septembre 2026 - Par : Laurent MATHIEU - dimanche 20 septembre 2026

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Le mythe de Phidippidès : vérités et légendes

Par : Laurent MATHIEU - dimanche 20 septembre 2026 -

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Chaque marathonien connaît le chiffre par coeur : 42,195 kilomètres. Beaucoup connaissent également l'histoire qui va avec : un soldat grec, épuisé, courant de la plaine de Marathon jusqu'à Athènes pour annoncer une victoire, avant de s'effondrer et de mourir en criant « Nous avons gagné ». Une légende fondatrice, qui n'a quasiment jamais existé sous cette forme dans les sources antiques. Voici ce que l'Histoire, la vraie, permet réellement d'établir.

Ce qui s'est vraiment passé en 490 avant J.-C.

Le point de départ, lui, est solide. En septembre 490 av. J.-C., une armée perse débarque dans la plaine de Marathon, à une quarantaine de kilomètres au nord-est d'Athènes, pour punir la cité grecque de son soutien à une révolte contre l'empire perse. Face à une armée largement supérieure en nombre, les stratèges athéniens, sous la conduite de Miltiade, choisissent l'offensive plutôt que le siège. Contre toute attente, les hoplites grecs l'emportent largement. La bataille de Marathon devient l'un des épisodes fondateurs de l'identité grecque antique, et le point de départ de tout ce qui va suivre, y compris, plusieurs siècles plus tard, le mythe sportif qu'on lui associe.

Ce qu'Hérodote raconte et ce qu'il ne raconte pas

C'est là que l'histoire officielle se fissure. Hérodote, l'historien grec le plus proche des événements (il écrit une quarantaine d'années après les faits), est la source la plus fiable concernant la bataille de Marathon. Or Hérodote mentionne bien un messager nommé Phidippidès, mais pas dans le rôle qu'on lui prête. Selon son récit, Phidippidès est envoyé avant la bataille, depuis Athènes vers Sparte, pour demander des renforts face à l'invasion perse. La distance : environ 250 kilomètres, parcourus en un peu plus d'un jour et demi. Hérodote ne dit nulle part qu'un coureur ait relié Marathon à Athènes après la victoire pour l'annoncer.

Une légende construite cinq siècles plus tard

L'épisode que tout le monde connaît apparaît beaucoup plus tard, et par étapes. Au premier siècle de notre ère, soit près de 500 ans après la bataille, l'historien Plutarque évoque un coureur, qu'il nomme Euclès (d'autres versions antiques parlent d'un certain Thersippe), envoyé par Miltiade depuis le champ de bataille pour annoncer la victoire aux Athéniens. Ce messager aurait couvert les quelque 40 kilomètres séparant Marathon d'Athènes et serait mort d'épuisement juste après avoir livré son message.

C'est seulement au deuxième siècle, avec l'écrivain satirique Lucien de Samosate, que les deux récits fusionnent : Lucien attribue cette course à Phidippidès - le même nom que le messager envoyé à Sparte chez Hérodote - créant la figure que l'on connaît aujourd'hui. Pour les historiens qui ont étudié la question, comme John Lucas, Lucien est le seul auteur antique à relier explicitement Phidippidès à la course Marathon-Athènes. Autrement dit, le « fait historique » le plus souvent raconté repose sur une source tardive, satirique, et vraisemblablement romancée et pas sur un témoignage contemporain des événements.

Une distance que les Grecs antiques n'ont jamais courue en compétition

Deuxième idée reçue : les Jeux antiques célébraient ce type de courses d'endurance. En réalité, les épreuves de course aux Jeux olympiques de l'Antiquité ne dépassaient jamais quelques kilomètres. La plus longue, le dolichos, avoisinait les 4,8 kilomètres, rien de comparable à la distance marathon. Courir 40 kilomètres d'une traite n'a jamais eu d'existence dans le sport grec antique. 

1896 : la naissance du marathon moderne

Le mythe ne devient une épreuve sportive qu'à la fin du XIX? siècle. Lorsque Pierre de Coubertin relance les Jeux olympiques à Athènes en 1896, le philologue français Michel Bréal propose d'inclure une course reliant Marathon à Athènes, en hommage explicite à la légende. La distance retenue, environ 40 kilomètres, suit approximativement le trajet supposé du messager antique. La course est un succès populaire, remportée par le berger grec Spiridon Louis, devenu instantanément un héros national. Mais à ce stade, la distance n'a encore rien de fixe : elle varie d'une édition à l'autre selon la géographie locale.

Pourquoi 42,195 km, précisément ?

La distance que l'on connaît a été établie aux Jeux de Londres, en 1908. Les organisateurs veulent que la famille royale puisse assister au départ de la course depuis les jardins du château de Windsor. Le trajet entre Windsor et le stade olympique de White City, à Londres, mesure environ 26 miles. Pour que l'arrivée se fasse exactement devant la loge royale plutôt qu'à l'entrée du stade, on ajoute 385 yards supplémentaires sur la piste. Le total : 26 miles et 385 yards, soit 42,195 kilomètres. Une distance née d'un souci de protocole, adoptée ensuite par habitude lors des éditions suivantes, avant que la Fédération internationale d'athlétisme (l'actuelle World Athletics) ne la fixe officiellement comme référence internationale en 1921, mettant fin à des distances olympiques fluctuantes.

Ce que cette histoire raconte

Que la légende de Phidippidès ne soit qu'une reconstruction littéraire ne la rend pas moins puissante. Le cri « Nenikekamen » (« Nous avons vaincu ») que l'on prête au messager mourant est probablement une image forgée après coup, mais il continue de résonner à chaque ligne d'arrivée, dans une culture populaire qui a fini par transformer ce mixte de sources antiques en rite de passage sportif universel. 

Sources : Marathons.fr, « L'histoire mythique du marathon », Phidippidès — Wikipédia, RTBF, « Pourquoi la distance du marathon est-elle précisément de 42,195 kilomètres ? », Campus Coach, « Pourquoi le marathon fait 42,195 km ? »



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